prétendre

que tout va bien
que rien n’a changé
que je n’ai besoin de rien
que je ne suis pas fatiguée
que j’aime la vie
que tout ceci n’a pas un goût de cendres
que je peux me résoudre
que je n’ai pas de problème
que j’aime être avec des gens
que j’aime parler
que je me soumets
que ce que je pense ne compte pas
que je n’ai pas peur
que je n’ai pas faim
que je souris
que je n’ai pas envie de fuir
que tout ceci a un sens
que je n’ai pas mal au fin fond de mes tripes baveuses
que mes paupières ne sont pas lustrées par tant de larmes versées
que j’ai envie de continuer
que je me sens bien
que je ne sens rien
que je ne suis rien
que demain

Bain de foule

Tentation horrible. J’y ai cédé. Bien mal m’en a pris. Face de bouc est une chose bien affreuse. Je me suis sentie affreusement mal. En constatant tous ces gens, là, toutes leurs têtes, rieuses, bienheureuses, vivantes. Je me suis sentie morte et fière de l’être. Mais la nausée, la nausée ! Quelle nausée. J’avais un compte, dans le temps. Il a vécu une semaine. Depuis je l’ai “désactivé” (impossible de s’extirper de cette toile gluante et vicieuse, qui te capture à tout jamais). Aujourd’hui, pulsion morbide, pulsion voyeuriste… J’ai cru que je pourrais espionner sans être vue. Au final ça n’a pas marché. Mais j’ai cédé à la tentation de la “recherche”. Que de temps perdu. Le dégoût. La honte. La haine. Tous ces sentiments immondes, tous ces visages que je me suis mise à détester, brutalement. J’ai tout de suite désactivé. Encore. Cette fois ce n’était qu’une mascarade. J’espère que personne n’aura remarqué mon passage. Je ne crois pas. Je me volatilise. Je me rends compte que je hais tout ça. Tous ces jeux de visages. Tous ces rires figés et mortifiés. Toute cette bonne humeur standardisée, tout ce copinage frénétique, compulsif. Tous ces êtres abjects. La laideur. C’est la laideur qui me frappe le plus. Cette mise en scène collective. Chacun essaie d’apparaître sous son meilleur jour. Ou sous son plus mauvais. Toujours pour racoler. Mais il n’y a toujours rien à se dire. La vie se transforme en un statut, en une somme de clichés éhontés, l’amitié en quelques clics, l’amour en une kitschitude généralisée. On collecte, on collectionne, on affectionne, on se bidonne. Moi je ne suis rien là-dedans. Je ne veux pas – être. Être là-dedans. Quelle horreur. Le lien social. La nausée, quelle nausée. Et puis là ils font tous la fête, ensemble. Un temps je me suis dit que j’aurais voulu être avec eux. Et en fait – non, là, le rejet est viscéral. Je ne veux plus y aller. Je veux m’enterrer toute entière dans mes chimères. Seule. Fatiguée. Je n’ai plus envie de vaincre.