On se fascine parfois pour le nauséabond. On s’étonne ensuite de finir écrasé sous un tas de merde. J’aurais tellement envie de cracher sans ma soupe et de la jeter à la face du monde. Tu ne crois pas que c’est ce qui t’anime, au fond ? Vous pensez ? Ils ne savent pas vraiment. Moi je sais. Oui c’est vrai. On peut aller dans ce sens-là. C’est vain, vil, vieux – vague, vague qui roule, l’écume au bord des lèvres, le sel qui suinte des yeux. J’aurais aimé ne pas savoir, très honnêtement. Quel intérêt avait-elle ? Aucun. Elle voulait partager. On aurait préféré rejeter. Vous êtes égoïste. Tu le sais bien. Je veux survivre – et dans cette sentence, chaque mot compte triple. Scrabble assassin et cynique – un jeu d’enfant. La mère laisse l’enfant, à la mer, et le père, ses pairs, au fer (ver vert, rouge) – on se terre, on se tait. Après tout. On est impuissant face à la violence de ses spasmes. Je ne peux qu’être lâche et insoumise. Il fait assez froid pour mourir de peur.
Tu sais, j’aimerais beaucoup… (Je ris dans ma tête.) Beaucoup… si je pouvais… Mince, de la grisaille sur mes doigts. J’ai mal au coeur à force d’écrire. Je me vide de mon sang, au secours ! (Je ris encore.) Le sang c’est bien. Le sang m’apaise. On dit toujours : le torrent furieux des ardeurs amères. Mais non. Le sang me calme. Son odeur métallique me ramène à l’état de chair – je me sens bien. J’oublie que je pense. Je me souviens que j’erre, que je peux me blesser bêtement. Dans sa tête, les blessures abstraites, sont toujours bien bêtes – têtes-bêches. Tiens, il n’est pas là. Son odeur résiste. Elle m’emplit les narines. Lui seul me donne envie de sourire. Je ris, je ris facilement. Je ne souris que très peu sans que ça me tiraille un peu les joues – d’une manière ou d’une autre. Pour lui, je souris gaiement, comme une enfant. Je me sens bien. J’ai envie de vivre, de mourir. J’ai enfin envie de quelque chose. Je sors du conditionnel. Je me suis relue là, rapidement – parce que je peux savoir ce qui se lit et ce qui se trame tu sais, quand tu traînes ici. Je sais les mots qui attirent, les mots qui révulsent. Enfin parfois je m’étonne. Toujours est-il – je n’écris pas grand chose de clair. Des galimatias acides, qui crachent parfois la vérité toute nue, toute freluquante. Cueillie du berceau de mes lèvres, au fond de ma gorge. (Je ris toujours entre parenthèses.) Je bâille grassement. Je me râcle un peu – toujours avant d’écrire, toujours. Au moins un crachat ou deux. Ca coule par le nez. Je me sens toujours un peu moche. Mais ça vient, on fait de la pâtée. Oh, si seulement l’écriture n’était qu’une vague affaire scatologique. Je pourrais m’enfermer dans mes toilettes en sanglotant, à tout moment, sans que l’on ne s’inquiète. Tout ceci ne sont que des vagues plaisanteries ineptes, de fort mauvais goût – je ne les dégusterais pas de si tôt. (Je me cache pour rire parce que j’ai faim de vie tout en ayant envie d’en finir quand le monde m’écrase.)