Philosophes

Tête de Leibniz, passe décisive de Socrate, si j’ai bien compris.

Des épines plein la bouche

(1)

C’est drôle, il a perdu des mots qui sont tombés de sa bouche en chemin, il s’est retourné, il s’est pris une grande claque de vent en pleine figure. Il a resserré sa veste autour de lui, ses lèvres se sont étrécies, épaissies, affaissées. Quelques gouttes de vent se sont échappées de ses yeux. Il a couru loin, à reculons, il ne voulait plus y aller. Il voulait revenir à ces temps malheureux où il ne savait que dire. Là, au moins, on ne pouvait le blâmer de ne pas savoir faire.

J’ai mangé tout ce qu’il y avait à croire. Le vomi m’est sorti par le nez, j’ai cru étouffer. Il pensait souvent à cela. Maintenant, il n’attendait plus qu’une vague diarrhée verbale diachronique pour le sauver.

Il a tourné à gauche – la droite lui faisait trop mal, et tout droit, c’était perdu d’avance. Il s’est écroulé dans une crevasse et s’est noyé dans une flaque. Il a crachoté un peu de ses souvenirs d’antan et puis il a continué de reculer. Il voulait sauter, au fin fond du gouffre.

Une enclume est tombée entre ses deux omoplates. Il a écrasé ses gémissements avec le bout de sa chaussure, il a craché dessus, il s’est mis à rire. Puis, un genou à terre, il s’est relevé, il a essuyé ses lèvres, encore congestionnées ; la vie ne résoud pas grand chose. Au mieux elle dénoue. Au pire elle coud ton ventre contre ton coeur, et tu n’arrives plus à respirer.

La digestion est toujours difficile.

L’ombre d’un sourire

L’ombre d’un sourire glisse sur mes doigts
Je me suis demandée ce que tu faisais là ?
- J’erre, m’as-tu répondu, à moi, pauvre hère,
Et ta faucille en jachère…
Que peux-tu faire de ces maux-là ?
- J’exhorte, je sabote, je tournoie – et tu as ri.
Je n’ai jamais aimé ces choses-là.

J’ai dansé sur une tombe
Mon enfance s’est déchirée sous mes yeux
Mes dents se sont affolées
J’ai perdu ce que j’avais à dire
Et j’ai tout enterré

Ma conscience est désormais recouverte de rance
Je sens mourir en moi tous ces sentiments dépassés

L’ombre de ton sourire métallique a frôlé ma panse
Mon coeur s’est effondré
J’ai vu un froid me chatouiller
J’ai cru que tu voulais me rendre mes espérances

J’ai voulu t’enlacer, je n’ai rencontré que du vide

Je ne suis rien, tu n’es plus
Nous n’avons jamais été

La vie ne m’a jamais semblé aussi stupide

Je tombe toujours plus bas

Je crie sans écho
Il se pourrait que je me noie
Tu me tends ta serpe en acier
A m’en couper les doigts
Je m’y accroche
J’y mordrais à pleines dents si je pouvais
Mais ma bouche éhontée gargouille de supplices effrontés

Ne sais-je sourire