Petite

Petite bafouille de haut vol de bas étage : mondanité, mondanité, vanité – calamité. Deux semaines trop pleines de rien, très vaguement globalement. Bon sang bon sang. Heureusement certaines choses restent et aujourd’hui, du vrai rien – de l’écriture à venir sinon rien. Mes poches sont vides et je vais devoir sortir mes gros yeux de chien mouillé pour de l’argent. Ou mon sourire colgate. C’est selon l’humeur, si on veut bien de moi quelque part, ou si je vais devoir payer de ma personne à un moment ou à un autre. Ces choses-là sont trop compliquées à écrire et complètement insignifiantes à expliquer…

Les aventures de Rien-à-dire et Rien-à-faire commencent toujours de la même manière : par un bâillement long et prolongé. Succédané de bien-être inachevé. Fariboles, entourloupes, ronds de jambe et de bras à n’en plus finir. Et au fond, on a toujours rien à dire malgré les jolis mots. Je me meus, je me meurs !

Non mais franchement, vous n’avez jamais honte ? De ? Si bien sûr. Forcément. A un moment ou à un autre, ça vient, ça vous comprime la poitrine. Les poumons se collent l’un contre l’autre et se frottent jusqu’à se faire mal. On a beau essayer de cracher, après… – c’est drôle comme je crache souvent dans mes textes ici.

Oh et puis zut hein. Sérieusement. Il faudrait que je m’y remette et que je me pressurise une bonne fois pour toutes.

25° – 2,5 g

Légumineuse. Grumeuse plutôt. Grumpy. Cette histoire ne sera pas très intéressante. Elle aura l’haleine des lendemains difficiles.

Ca vous gratouille derrière l’oreille, vous avez envie d’en parler. Je vous écoute. En fait j’ai le coeur au bord des lèvres. Le coeur plein d’une sève ardente. Et alors ? Cette sève me brûle. Aigreurs d’estomac. Vague vertige. Nausée ? Sous la langue, par intermittences du coeur. Combien de fois ? Parfois.

Ne me faites pas rigoler. J’ai beaucoup ri hier soir, c’est vrai. Ce rire était violent. Une forme de rage vengeresse. Un soufflet porté à l’existence. Une griffure sur la toile de l’amertume. Des coups de poing hilares au coeur qui tremblote. La bile rebelle, dans le zèle, on s’attelle à… tressauter, cancanner, ahaner. Aha ? N’est plus, ni moins.

Je regarde de travers, les choses m’échappent. Que nenni. Vous me faites marcher un peu loin. Les voyages forment la jeunesse. Y compris les voyages de l’âme sur les eaux tumultueuses des frustrations écartelées. Trop d’adjectifs dans votre proposition, pas assez d’impératifs. Je vous merde, Monsieur, si vous saviez. Je ne sais pas. Ah bien tant pis.

Pis encore. Mes ongles qui se renfoncent sous mes doigts. C’est une bien drôle d’idée. Une bulle de vapeur alcoolisée flotte sous votre nez, Madame. Chassez-la du revers de votre main. Attendez, je mets un grand gant, s’il vous plaît. Faites donc. Eh bien voilà, c’est mieux.

Etc.

Philosophes

Tête de Leibniz, passe décisive de Socrate, si j’ai bien compris.

Cédule

Tu sais, j’aimerais beaucoup… (Je ris dans ma tête.) Beaucoup… si je pouvais… Mince, de la grisaille sur mes doigts. J’ai mal au coeur à force d’écrire. Je me vide de mon sang, au secours ! (Je ris encore.) Le sang c’est bien. Le sang m’apaise. On dit toujours : le torrent furieux des ardeurs amères. Mais non. Le sang me calme. Son odeur métallique me ramène à l’état de chair – je me sens bien. J’oublie que je pense. Je me souviens que j’erre, que je peux me blesser bêtement. Dans sa tête, les blessures abstraites, sont toujours bien bêtes – têtes-bêches. Tiens, il n’est pas là. Son odeur résiste. Elle m’emplit les narines. Lui seul me donne envie de sourire. Je ris, je ris facilement. Je ne souris que très peu sans que ça me tiraille un peu les joues – d’une manière ou d’une autre. Pour lui, je souris gaiement, comme une enfant. Je me sens bien. J’ai envie de vivre, de mourir. J’ai enfin envie de quelque chose. Je sors du conditionnel. Je me suis relue là, rapidement – parce que je peux savoir ce qui se lit et ce qui se trame tu sais, quand tu traînes ici. Je sais les mots qui attirent, les mots qui révulsent. Enfin parfois je m’étonne. Toujours est-il – je n’écris pas grand chose de clair. Des galimatias acides, qui crachent parfois la vérité toute nue, toute freluquante. Cueillie du berceau de mes lèvres, au fond de ma gorge. (Je ris toujours entre parenthèses.) Je bâille grassement. Je me râcle un peu – toujours avant d’écrire, toujours. Au moins un crachat ou deux. Ca coule par le nez. Je me sens toujours un peu moche. Mais ça vient, on fait de la pâtée. Oh, si seulement l’écriture n’était qu’une vague affaire scatologique. Je pourrais m’enfermer dans mes toilettes en sanglotant, à tout moment, sans que l’on ne s’inquiète. Tout ceci ne sont que des vagues plaisanteries ineptes, de fort mauvais goût – je ne les dégusterais pas de si tôt. (Je me cache pour rire parce que j’ai faim de vie tout en ayant envie d’en finir quand le monde m’écrase.)

L’haineux

- Comment tu la décrirais ?
- C’est une petite conne.
- Mais encore ?
- Comment dire ? Elle donne l’impression qu’elle est sympathique, accessible. Mais c’est une hypocrite : on sent bien, derrière ses yeux froids, qu’elle n’aime personne.
Son côté garce, elle le fait passer pour une sorte de malice enfantine. Mais il est évident qu’elle manipule et qu’elle se fout du monde avec une méchanceté sans pareille.
- Tu y vas un peu fort.
- J’ai mes raisons. Je déteste sa manière aussi, comme ça, d’être subrepticement agressive. Elle impose ses opinions, elle assène – et puis en même temps ça sonne faux, comme si elle essayait juste d’imiter quelqu’un d’autre, elle ne croit pas vraiment à ce qu’elle dit.  Elle n’est jamais elle-même.
- Peut-être qu’elle se cache et qu’elle est pudique ?
- Tu parles. Elle se sent juste supérieure à tout le monde et estime qu’elle n’a pas à se dévoiler à des êtres qui, soi-disant, ne peuvent la comprendre. Elle joue la sophistication à mort, alors que ce n’est qu’une petite imbécile qui veut se donner des grands airs, comme ça, mais qui n’est rien, rien d’intéressant au fond. C’est rien qu’une gosse qui s’ennuie et qui se sent plus romanesque comme ça. En plus, elle croit tout pouvoir faire passer par l’humour ! Dire les pires horreurs, et souvent les plus vraies, en ricanant. Ainsi les gens ne s’inquiètent pas.
- C’est souvent comme ça qu’on utilise l’humour en même temps…
- A un tel point, je sais pas. Elle se croit détentrice du bon goût universel. Elle dédaigne tout ce qu’on lui propose, tout ce qui ne rentre pas dans ses critères ridicules – il faut que le nom soit connu, réputé, pas par tout le monde mais par une frange de la population bien précise. Elle se place du côté des snobs intellos, mais pas spécialistes, ratissant soi-disant le plus largement possible. Elle se plaît à aimer des choses qu’elle estime très différentes – alors qu’au fond, c’est rien que de la branlette. Elle ne jure que par l’Art, la seule chose qui puisse l’atteindre, la seule chose qui soit de son niveau. Mais son idée de l’Art est tellement restreinte ! Elle doit se faire chier, la pauvre gosse, car dans ce nombrilisme romantique pré-pubère assez ridicule, on ne peut que geindre ou se pâmer pour des oeuvres pâteuses et dégoulinantes. Ne lui parle jamais de bonheur de vivre, elle te rira au nez. Comme si le malheur était l’attribut suprême de l’être supérieur en tous points. Forcément, ce serait trop facile d’être heureuse, quand on est supérieure et intelligente et formidable. Il faut jouer aux artistes maudits, incompris, etc. C’est plus classe, c’est plus stylé. Ca permet de se donner toutes les raisons de se plaindre sans arrêt, sans jamais chercher à résoudre l’impossible, soi-disant. Ben oui : car tout être supérieur aspire quand même à sortir de sa solitude – malgré lui, bien sûr. Et en même temps comment se mêler au petit peuple qui ne le comprend pas ? Ah, c’est affreux ! Affreux, affreux, affreux. Pauvre petite chose. Et puis en plus ! Du fait d’être trop consciente de ce qui se passe, du fait d’être trop intelligente, on ne peut plus rien apprécier ! Quel tourment ! Toutes ces petites distractions sociales lui paraissent tellement insignifiantes comparées à son génie ! Il vaudrait mieux lui ériger une statue et lire des morceaux des auteurs les plus abscons devant elle. Là, elle se sentirait peut-être un peu mieux. Enfin bon, en réalité, elle ne veut pas se sentir mieux. Cela voudrait dire qu’elle pourrait se mêler aux êtres inférieurs et, beuark, qu’elle ne serait pas si supérieure que ça en définitive.
- Elle est vraiment aussi dédaigneuse que ça ?
- J’exagère à peine.
- Et elle arrive quand même à camoufler tout ça ?
- Elle camoufle peu. En réalité, elle a effectivement beaucoup d’astuce dans ses rapports sociaux. Comme je disais tout à l’heure, elle utilise beaucoup l’humour. Et les gens restent bons clients de l’humour qui se la joue un peu. Enfin bon, je crois que de toute façon, les gens ne s’intéressent pas suffisamment à elle pour se poser tant de questions.
- Ah, les gens s’en foutent ?
- Mais oui. Et ils ont raison. Toute cette pseudo-souffrance ridicule ! C’est complètement insipide et inintéressant. Cette dramatisation de soi-même à l’extrême… ne peut récolter que la plus parfaite indifférence auprès de gens normaux.
- Tu penses donc cette souffrance sans fondement ?
- Bah ! Fondement ou pas, elle s’y prend mal. Et de toute façon, les êtres qui souffrent mais qui ne veulent pas s’en sortir… On ne peut que les conforter dans leurs idées pour leur rendre service !
- Elle ne veut vraiment pas s’en sortir ?
- Mais la sortir de quoi, au fond ? De la seule chose qui est censée la rendre intéressante, qui est censée la distinguer des autres, au fond ? Je suis sûr qu’elle se défendrait, bec et ongle, si on la poussait vers une solution miracle pour qu’elle soit reconnue, aimée, estimée ! Elle trouverait un prétexte pour refuser. Elle est profondément creuse. Elle s’est créée un contenu. La sortir de ce contenu, cela reviendrait à tuer tout ce qu’elle a bravement échafaudé dans son coin. Mieux vaut la laisser dans son miasme intellectuel sans fond. Ce serait trop d’énergie dépensée pour rien que de tenter de la ramener à la raison.