On se fascine parfois pour le nauséabond. On s’étonne ensuite de finir écrasé sous un tas de merde. J’aurais tellement envie de cracher sans ma soupe et de la jeter à la face du monde. Tu ne crois pas que c’est ce qui t’anime, au fond ? Vous pensez ? Ils ne savent pas vraiment. Moi je sais. Oui c’est vrai. On peut aller dans ce sens-là. C’est vain, vil, vieux – vague, vague qui roule, l’écume au bord des lèvres, le sel qui suinte des yeux. J’aurais aimé ne pas savoir, très honnêtement. Quel intérêt avait-elle ? Aucun. Elle voulait partager. On aurait préféré rejeter. Vous êtes égoïste. Tu le sais bien. Je veux survivre – et dans cette sentence, chaque mot compte triple. Scrabble assassin et cynique – un jeu d’enfant. La mère laisse l’enfant, à la mer, et le père, ses pairs, au fer (ver vert, rouge) – on se terre, on se tait. Après tout. On est impuissant face à la violence de ses spasmes. Je ne peux qu’être lâche et insoumise. Il fait assez froid pour mourir de peur.
les mots prennent la fuite
ils caracolent
les larmes s’agitent
je sanglote
et mon amour, frivole
la vie s’envole
la mort sans suite
si vite, s’étiole
j’aimerais tant que tu te souviennes
te cueillir sous les reflets
ébloui par l’été cotonneux
les rêves indécis des cours d’école
s’estompent, peu à peu
à deux
sans tout
je brise
j’épuise mes mains
dans des trous sans ailes
et les coups, à tire-d’aile
s’emmêlent dans mes yeux
j’aimerais tant te voir heureux
je me sens si triste
Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c’est
Que moi
Le malheur le malheur c’est
Que moi ces choses je les sais
Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c’est que ce ne sont pas du tout des songes
Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si
Je n’en dis rien même si je n’en
Dis rien comprenez comprenez moi bien
Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s’ouvre et ferme et ne dit rien
Penser seulement d’autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m’étonne
Qui ne font de mal à personne
Au lieu de quoi j’ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle
Je sais bien qu’il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j’y fasse
Ma bouche s’ouvre et l’âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre
O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne
Le malheur c’est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c’est que c’est en moi
Même si n’en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire
Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C’est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t’eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes
Pour peu pour peu que tu l’aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t’habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point
Qu’écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu’étais-je
Qu’étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu’il fait beau qu’il va pleuvoir qu’il faut qu’on aille
Où donc Même cela c’est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu’ils signifient
Ne me regardez pas dedans
Qu’il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu’il fait beau
Même s’il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l’eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord
Le malheur c’est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle
C’est en nous qu’il nous faut nous taire
Un oeil s’ouvre brièvement, on retombe dans le sommeil, on lutte pour en sortir, en vain ; on a l’impression d’être tétanisé, paralysé, on essaie de bouger, mais l’image de son propre corps inerte reste fixe et obsédante ; et puis le corps se meut quand même, dans la réalité, alors on a l’impression de toucher quelque chose… tout en ayant cette sensation très étrange que ce n’est pas soi-même qui touche quelque chose. Pire encore quand on en vient à se toucher – par exemple, là, j’ai voulu toucher ma joue. Mes doigts l’ont touchée ; mais je n’avais que l’image de mes doigts comme morts et immobiles près de ma joue ; si bien que j’ai senti quelque chose qui touchait ma joue, sans pouvoir me dire que c’était bien mes doigts…
Il se produit comme un dédoublement carrément flippant au cours de ce rêve éveillé – les sens sont désolidarisés les uns des autres, la vue contredit le toucher. Et puis l’esprit s’en mêle ; parce que comme il se produit une situation illogique, l’esprit essaie de la justifier en rationnalisant ce qu’il se passe – mais, du coup, on tombe dans le fantastique ! Car là j’ai vraiment cru que quelque chose d’autre, qui n’était pas moi me touchait. Cet autre était forcément une menace : le corps paralysé, que me voulait cette intrusion invisible ? Donc j’ai eu un moment d’angoisse terrible.
Le problème est que la situation ne se reproduit pas qu’une seule fois – j’ai l’impression de me réveiller, mais non. J’ai ensuite la sensation de sortir de cette situation de non-réveil, mais non, toujours pas. Cela peut durer une bonne vingtaine de minutes comme ça, voire une demi heure. C’est très éprouvant. On veut que ça s’arrête, et en même temps – on a peur que l’arrêt de ces réveils successifs soit synonyme de mort…