tout ce temps

tout ce temps passé
sans
toute cette absence, toutes ces années
à se croiser
sans se regarder
tous ces visages qui se succèdent
toutes ces larmes muettes

le temps ronge mon âme de pierre
comme le sable
comme le vent

toute cette rage qui éclate
qui se brise
qui coule
de cette plaie purulente
à jamais brûlante

la soif au ventre
les heures perdues
les regrets dégringolent
s’accumulent
je voudrais les piétiner
mais je m’effrite

je n’aurais jamais été très gaie
je roule, j’enfonce, je fuis
sans être

il y a une tâche aveugle que je ne saurais effacer
qui me bouffe et m’effraie
je me heurte sans arrêt

je ne sais pas vivre

Je suis dans un drôle d’état

J’ai le coeur qui a raté une marche
Il dégringole
Il boîte
Il saigne un peu
Il reprend son souffle
Il s’accroche à la rampe
Mais il n’a qu’une envie
Tomber de toujours plus haut
Et mourir enfin
D’avoir été trop envie
Couvert d’égratignures
Grignoté la nuit
En cendres bientôt
Il se tirera à tire d’aile

J’ai faim froid
Je m’égare sans crier gare
Les mains roides j’étouffe
Je crache mes larmes dans mes bras
J’étreins ma haine

J’ai souvent honte
J’éteins mes yeux
Je vide
Je n’ai rien
Je ris

J’évacue et j’épuise
Je ne sais pas être là
Je ne suis plus que ça

Le jour s’étend à perdre haleine
Coule à mes genoux
Je tremble de m’être à jour
Je m’attache à mourir
Je me dépêche à fuir

Je n’ai d’emprise sur rien

des yeux

si le souffle s’éteint
que reste-t-il à étreindre

de la boue dans la bouche
et mes mains pleines de rien

et ma main dans ta bouche
je m’ébroue ça ne fait rien

j’ai tant aimé
j’ai oublié, je vais loin

je suis seule je suis sale
je me sens mienne

V2

Il faisait frais ce soir-là, las lasse j’attendais que les heures passent je m’ennuyais au milieu du monde je me sentais quelconque et sombre

et là

elle belle – lui là – je me demande qui il elle est s’il me regarde je souris sans y penser timide je détourne le regard hagard et d’un geste frivole je fais mine de ne pas le voir elle

je m’approche et j’observe sa bouche ses yeux son nez sa poitrine je passe ma main dans mes cheveux je ris j’oublie

le ciel est gris et tes mains sont roses, regarde-moi, tes yeux bleus tiraillent mes lèvres en un sourire béat et je me sens flasque

je ris j’oublie

les lumières déchirent mon ventre j’essaie de parler je tremble, qui que quoi pourquoi et si jamais

bavassons de tout de rien de nous je n’ose quel est ton nom je te reconnaîtrai entre mille

je frémis et je glisse, revoyons-nous bientôt

il est là elle brille parmi les autres dissemblable parmi le néant du quotidien j’ai de l’allant en avant mon envie ressuscite d’être parmi les gens avant n’est plus je me fais beau belle je me sens bien claire j’exulte à l’idée de croiser qu’on s’entrecroise, je m’égare et ma faim s’éprend

excessif hystérique je fais de grands gestes je rougis sous tes yeux je rêve je ris trop fort je parle trop bas, je murmure des avances et je m’avance tout bas je ne t’oublierai pas

je ne peux pas je comprends qu’elle n’est pas à moi et je tressaille, j’honnis celui qui l’emporte je suis désolée et je m’en veux elle n’est à personne mais elle n’est pas près de moi

seul à deux ma soif s’attise et chaque heure qui passe est un supplice qu’ai-je fait pourquoi s’éloigne-t-il pourquoi s’évertue-t-elle alors qu’elle tue entre ses cuisses chaque espoir chaque soir de la posséder à cause de lui

je voudrais mourir entre tes dents ton sourire, j’en perds la raison d’être je trébuche mais j’ai si faim

je te revois je souris par habitude, la servitude de ton regard me tiraille j’excelle dans le rire éteint je sais que nous ne nous trouverons pas mais je te regarde, je te vis, je t’envie, j’aimerais te garder collé en toi plus que quiconque être ailleurs ensemble je délire tu me comprends et ça me fait mal

je me sens étrangère sans toi je sais qu’elle a froid et j’en ai peur je suis triste donne-moi ta bouche ton parfum je ne me sens plus à ma place fatalement

faut-il que je craque je m’égare je souffle je te hais point trop s’en faut

je te croise et je te rate, je pleure si fort sur l’heure que les gens s’égrènent au loin avec des airs de vauriens

V1

Il faisait frais ce soir-là, je me sentais las lasse j’attendais que les heures passent je m’ennuyais au milieu des autres je me sentais quelconque et sombre

et soudain

elle est belle il est là je me demande qui il elle est s’il me regarde je souris timide je détourne le regard hagard et d’un geste frivole je fais mine de ne pas le voir elle

je m’approche et je l’observe sa bouche ses yeux son nez sa poitrine je passe ma main dans mes cheveux je ris j’oublie

le ciel est gris et tes mains sont roses, regarde-moi tes yeux bleus tiraillent mes lèvres en un sourire béat

les lumières éclatent dans mon ventre j’essaie de parler je tremble, que fait-il pourquoi qui est-ce et si jamais

discutons bavassons de tout de rien quel est ton nom je te reconnaîtrai entre mille

je frémis et je glisse, revoyons-nous bientôt

il est là elle brille parmi les autres non semblables parmi le rien du quotidien j’ai de l’allant mon envie ressuscite d’être parmi les gens je me fais beau belle je me sens bien claire j’exulte à l’idée de croiser qu’on s’entrecroise, je m’égare et ma faim s’éprend

je me sens excessif hystérique je fais de grands gestes je rougis sous tes yeux de rêve je ris trop fort je parle trop bas, je murmure des avances et je m’avance tout bas

je réalise que je ne peux pas je comprends qu’elle n’est pas à moi et je tressaille, j’honnis celui qui l’emporte je suis désolée et je m’en veux

ma soif s’attise et chaque heure qui passe est un supplice qu’ai-je fait pourquoi s’éloigne-t-il pourquoi s’évertue-t-elle alors qu’elle tue entre ses cuisses chaque espoir chaque soir de la posséder à cause de lui

je voudrais mourir entre tes dents ton sourire, j’en perds la raison d’être je trébuche

je te revois je souris par habitude, la solitude me tiraille j’excelle dans le rire éteint je sais que nous ne nous trouverons pas là mais je te regarde, je vis, je t’envie, j’aimerais te garder être plus près de toi que quiconque être ailleurs ensemble je délire tu me comprends et ça me fait mal

je me sens étrangère loin de toi et j’en ai peur je suis triste donne-moi tes yeux ton parfum je ne me sens plus à ma place fatalement

faut-il que je craque

Liqueur

Quand notre corps est plongé dans des abîmes de souffrance, le doux frémissement de la nature nous apparaît empli de grâce.

Blague à part

ma pensée est un légume en sursis

Finitude

Il y avait bien longtemps que je ne m’étais trahie.
Je ne devrais pas tant m’arranger avec la réalité ou avec moi-même.
Souvent j’ai soif mais plus je bois, plus je m’écoeure.
Toujours l’envie de disparaître me guette au bout du couloir.
Mon masque fond et mon visage détrempé avec.
Je nage entre l’horreur et l’impatience.
Je me crée peut-être du drame par ennui de moi-même.
Je cherche un sens autre que celui qui m’effraie.
Je ne sais plus mais je souris.
La gaieté agite mes viscères et les rend exsangues.
J’ai peur de finir comme une ombre.

Contretemps

J’ai toujours un temps d’avance. Ou je pense à reculons. J’agis trop tôt, trop vite. Ou je reste figée à faire défiler mon passé. Mais le présent… Je l’enjambe. J’ai du mal à m’y mettre, pleinement, ici et maintenant. Je me dédouble toujours quand il s’agit du présent. C’est un problème. Je suis obligée d’être en perspectives. Je n’arrive pas à me laisser couler. J’anticipe. Ma pensée est toujours projetée vers un au-devant, vers un au-dehors, vers un au-delà. Je ne suis jamais là où je pense. Je ne pense jamais là où je suis. Je suis déjà partie. Au fond je suis incapable de musique, de chant, de danse. Je suis trop dans la projection pour être dans la performance. Je ne sais plus poser mon pied par terre sans penser au pas que je vais faire pour aller… je ne sais où. Je ne sais plus dire un mot sans penser à la phrase qui va l’entourer. Je ne sais plus rire sans penser au sourire qu’il va récolter. Je ne sais plus parler sans entendre le silence qui va suivre. Je fais mille choses à la fois pour gagner du temps. Pour ne pas avoir à affronter l’instant. J’ai banni le présent de ma vie par défaut, par angoisse. J’ai cassé ce fil ténu qui rend certaines choses si belles. A chaque victoire, je pense déjà à l’échec à venir. A chaque joie, je pense déjà à la déception, à la désillusion. Le bonheur, je l’effleure – et puis je pense aussitôt à sa perte inéluctable.

A chaque fois que je vis, je me sens déjà mourir. Sauf quand je me décide, pour de bon, à écrire.

Petite

Petite bafouille de haut vol de bas étage : mondanité, mondanité, vanité – calamité. Deux semaines trop pleines de rien, très vaguement globalement. Bon sang bon sang. Heureusement certaines choses restent et aujourd’hui, du vrai rien – de l’écriture à venir sinon rien. Mes poches sont vides et je vais devoir sortir mes gros yeux de chien mouillé pour de l’argent. Ou mon sourire colgate. C’est selon l’humeur, si on veut bien de moi quelque part, ou si je vais devoir payer de ma personne à un moment ou à un autre. Ces choses-là sont trop compliquées à écrire et complètement insignifiantes à expliquer…

Les aventures de Rien-à-dire et Rien-à-faire commencent toujours de la même manière : par un bâillement long et prolongé. Succédané de bien-être inachevé. Fariboles, entourloupes, ronds de jambe et de bras à n’en plus finir. Et au fond, on a toujours rien à dire malgré les jolis mots. Je me meus, je me meurs !

Non mais franchement, vous n’avez jamais honte ? De ? Si bien sûr. Forcément. A un moment ou à un autre, ça vient, ça vous comprime la poitrine. Les poumons se collent l’un contre l’autre et se frottent jusqu’à se faire mal. On a beau essayer de cracher, après… – c’est drôle comme je crache souvent dans mes textes ici.

Oh et puis zut hein. Sérieusement. Il faudrait que je m’y remette et que je me pressurise une bonne fois pour toutes.