frêle

les souvenirs
se froissent
à venir
sans sourire
rares
s’éclaircir
sans voile
à l’aube
aux étoiles
loin
l’adieu
les jeux
d’avant
ne sont plus
souvent
il est mort
longtemps
aux éclats
la poussière
le vent
soyeux était
joyeux

ces mains tendres
sont vides
d’attendre

Je suis dans un drôle d’état

J’ai le coeur qui a raté une marche
Il dégringole
Il boîte
Il saigne un peu
Il reprend son souffle
Il s’accroche à la rampe
Mais il n’a qu’une envie
Tomber de toujours plus haut
Et mourir enfin
D’avoir été trop envie
Couvert d’égratignures
Grignoté la nuit
En cendres bientôt
Il se tirera à tire d’aile

J’ai faim froid
Je m’égare sans crier gare
Les mains roides j’étouffe
Je crache mes larmes dans mes bras
J’étreins ma haine

J’ai souvent honte
J’éteins mes yeux
Je vide
Je n’ai rien
Je ris

J’évacue et j’épuise
Je ne sais pas être là
Je ne suis plus que ça

Le jour s’étend à perdre haleine
Coule à mes genoux
Je tremble de m’être à jour
Je m’attache à mourir
Je me dépêche à fuir

Je n’ai d’emprise sur rien

Monologue de l’aliénation délirante – Gaston Miron

Le plus souvent ne sachant où je suis ni pourquoi
Je me parle à voix basse voyageuse
et d’autres fois en phrases détachées (ainsi
que se meut chacune de nos vies)
puis je déparle à voix haute dans les hauts-parleurs
crevant les cauchemars, et d’autres fois encore
déambulant dans un orbe calfeutré, les larmes
poussent comme de l’herbe dans mes yeux
j’entends de loin: de l’enfance, ou du futur
les eaux vives de la peine lente dans les lilas
je suis ici à rétrécir dans mes épaules
je suis là immobile et ridé de vent

le plus souvent ne sachant où je suis ni comment
je voudrais m’étendre avec tous et comme eux
corps farouche abattu avec des centaines d’autres
me morfondre pour un sort meilleur en
marmonnant
en trompant l’attente héréditaire et misérable
je voudrais m’enfoncer dans la nord nuit de métal
enfin me perdre evanescent, me perdre
dans la fascination de l’hébétude multiple
pour oublier la lampe docile des insomnies
à l’horizon interminttent de l’existence d’ici

or je suis dans la ville opulente
la grande St Catherine Street galope et claque
dans les Mille et une nuits des néons
moi je gis, muré dans la boîte crânienne
dépoétisé dans ma langue et mon appartenance
ravageur je fouille ma mémoire et mes chairs
jusqu’en les maladies de la tourbe et de l’être
pour trouver la trace de mes signes arrachés emportés
pour reconnaître mon cri dans l’opacité du réel

or je descends vers les quartiers minables
bas et respirant dans leur remugle
je dérive dans des bouts de rues décousus
voici ma vie – dressée comme un hangar -
débarras de l’Histoire – je la revendique
je refuse un salut personnel et transfuge
je m’identifie depuis ma condition d’humilié
je le jure sur l’obscure respiration commune
je veux que les hommes sachent que nous savons

le délire grêle dans les espaces de ma tête
claytonies petites blanches claytonies de mai
pourquoi vous au fond de la folie mouvante
feux rouges les hagards tournesols de la nuit
je marche avec un coeur de patte saignante

c’est l’aube avec ses pétillements de branches
par-devers l’opaque et mes ignorances

je suis signalé d’aubépines et d’épiphanies
poésie mon bivouac
ma douce svelte et fraîche révélation de l’être
tu sonnes aussi sur les routes ou je suis retrouvé
avançant mon corps avec des pans de courage
avançant mon cou au travers de ma soif
par l’haleine et le fer
et la vaillante volonté des larmes

salut de même humanité des hommes lointains
malgré vous malgré nous je m’entête à exister
salut à la saumure d’homme

à partir de la blanche agonie de père en fils
à la consigne de la chair et des âmes
à tous je me lie
jusqu’à l’état de détritus s’il le faut
dans la résistance
à l’amère décomposition viscérale et ethnique
de la mort des peuples draînés
où la mort n’est même plus la mort de quelqu’un

V2

Il faisait frais ce soir-là, las lasse j’attendais que les heures passent je m’ennuyais au milieu du monde je me sentais quelconque et sombre

et là

elle belle – lui là – je me demande qui il elle est s’il me regarde je souris sans y penser timide je détourne le regard hagard et d’un geste frivole je fais mine de ne pas le voir elle

je m’approche et j’observe sa bouche ses yeux son nez sa poitrine je passe ma main dans mes cheveux je ris j’oublie

le ciel est gris et tes mains sont roses, regarde-moi, tes yeux bleus tiraillent mes lèvres en un sourire béat et je me sens flasque

je ris j’oublie

les lumières déchirent mon ventre j’essaie de parler je tremble, qui que quoi pourquoi et si jamais

bavassons de tout de rien de nous je n’ose quel est ton nom je te reconnaîtrai entre mille

je frémis et je glisse, revoyons-nous bientôt

il est là elle brille parmi les autres dissemblable parmi le néant du quotidien j’ai de l’allant en avant mon envie ressuscite d’être parmi les gens avant n’est plus je me fais beau belle je me sens bien claire j’exulte à l’idée de croiser qu’on s’entrecroise, je m’égare et ma faim s’éprend

excessif hystérique je fais de grands gestes je rougis sous tes yeux je rêve je ris trop fort je parle trop bas, je murmure des avances et je m’avance tout bas je ne t’oublierai pas

je ne peux pas je comprends qu’elle n’est pas à moi et je tressaille, j’honnis celui qui l’emporte je suis désolée et je m’en veux elle n’est à personne mais elle n’est pas près de moi

seul à deux ma soif s’attise et chaque heure qui passe est un supplice qu’ai-je fait pourquoi s’éloigne-t-il pourquoi s’évertue-t-elle alors qu’elle tue entre ses cuisses chaque espoir chaque soir de la posséder à cause de lui

je voudrais mourir entre tes dents ton sourire, j’en perds la raison d’être je trébuche mais j’ai si faim

je te revois je souris par habitude, la servitude de ton regard me tiraille j’excelle dans le rire éteint je sais que nous ne nous trouverons pas mais je te regarde, je te vis, je t’envie, j’aimerais te garder collé en toi plus que quiconque être ailleurs ensemble je délire tu me comprends et ça me fait mal

je me sens étrangère sans toi je sais qu’elle a froid et j’en ai peur je suis triste donne-moi ta bouche ton parfum je ne me sens plus à ma place fatalement

faut-il que je craque je m’égare je souffle je te hais point trop s’en faut

je te croise et je te rate, je pleure si fort sur l’heure que les gens s’égrènent au loin avec des airs de vauriens

V1

Il faisait frais ce soir-là, je me sentais las lasse j’attendais que les heures passent je m’ennuyais au milieu des autres je me sentais quelconque et sombre

et soudain

elle est belle il est là je me demande qui il elle est s’il me regarde je souris timide je détourne le regard hagard et d’un geste frivole je fais mine de ne pas le voir elle

je m’approche et je l’observe sa bouche ses yeux son nez sa poitrine je passe ma main dans mes cheveux je ris j’oublie

le ciel est gris et tes mains sont roses, regarde-moi tes yeux bleus tiraillent mes lèvres en un sourire béat

les lumières éclatent dans mon ventre j’essaie de parler je tremble, que fait-il pourquoi qui est-ce et si jamais

discutons bavassons de tout de rien quel est ton nom je te reconnaîtrai entre mille

je frémis et je glisse, revoyons-nous bientôt

il est là elle brille parmi les autres non semblables parmi le rien du quotidien j’ai de l’allant mon envie ressuscite d’être parmi les gens je me fais beau belle je me sens bien claire j’exulte à l’idée de croiser qu’on s’entrecroise, je m’égare et ma faim s’éprend

je me sens excessif hystérique je fais de grands gestes je rougis sous tes yeux de rêve je ris trop fort je parle trop bas, je murmure des avances et je m’avance tout bas

je réalise que je ne peux pas je comprends qu’elle n’est pas à moi et je tressaille, j’honnis celui qui l’emporte je suis désolée et je m’en veux

ma soif s’attise et chaque heure qui passe est un supplice qu’ai-je fait pourquoi s’éloigne-t-il pourquoi s’évertue-t-elle alors qu’elle tue entre ses cuisses chaque espoir chaque soir de la posséder à cause de lui

je voudrais mourir entre tes dents ton sourire, j’en perds la raison d’être je trébuche

je te revois je souris par habitude, la solitude me tiraille j’excelle dans le rire éteint je sais que nous ne nous trouverons pas là mais je te regarde, je vis, je t’envie, j’aimerais te garder être plus près de toi que quiconque être ailleurs ensemble je délire tu me comprends et ça me fait mal

je me sens étrangère loin de toi et j’en ai peur je suis triste donne-moi tes yeux ton parfum je ne me sens plus à ma place fatalement

faut-il que je craque

Je suis né troué – Henri Michaux

Il souffle un vent terrible.
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible,
Petit village de Quito, tu n’es pas pour moi.
J’ai besoin de haine, et d’envie, c’est ma santé.
Une grande ville, qu’il me faut.
Une grande consommation d’envie.

Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible,
Dans le trou il y a haine (toujours), effroi aussi et impuissance,
Il y a impuissance et le vent en est dense,
Fort comme sont les tourbillons.
Casserait une aiguille d’acier,
Et ce n’est qu’un vent, un vide.
Malédiction sur toute la terre, sur toute la civilisation, sur tous les êtres à la surface de toutes les planètes, à cause de ce vide !
Il a dit, ce monsieur le critique, que je n’avais pas de haine.
Ce vide, voilà ma réponse.
Ah ! Comme on est mal dans ma peau !
J’ai besoin de pleurer sur le pain de luxe, de la domination, et de l’amour, sur le pain de gloire qui est dehors,
J’ai besoin de regarder par le carreau de la fenêtre,
Qui est vide comme moi, qui ne prend rien du tout.
J’ai dit pleurer : non, c’est un forage à froid, qui fore, fore, inlassablement,
Comme sur une solive de hêtre deux cents générations de vers qui se sont légué cet héritage : « Fore… Fore. »
C’est à gauche, mais je ne dis pas que c’est le cœur.
Je dis trou, je ne dis pas plus, c’est de la rage et je ne peux rien.
J’ai sept ou huit sens. Un d’eux : celui du manque.
Je le touche et le palpe comme on palpe du bois.
Mais ce serait plutôt une grande forêt, de celles-là qu’on ne trouve plus en Europe depuis longtemps.
Et c’est ma vie, ma vie par le vide.
S’il disparaît, ce vide, je me cherche, je m’affole et c’est encore pis.
Je me suis bâti sur une colonne absente.
Qu’est-ce que le Christ aurait dit s’il avait été fait ainsi ?
Il y a de ces maladies, si on les guérit, à l’homme il ne reste rien,
Il meurt bientôt, il était trop tard.
Une femme peut-elle se contenter de haine ?
Alors aimez-moi, aimez-moi beaucoup et me le dites,
M’écrivez, quelqu’une de vous.
Mais qu’est-ce que c’est, ce petit être ?
Je ne l’apercevrais pas longtemps.
Ni deux cuisses ni un grand cœur ne peuvent remplir mon vide.
Ni des yeux pleins d’Angleterre et de rêve comme on dit.
Ni une voix chantante qui dirait complétude et chaleur.

Les frissons ont en moi du froid toujours prêt.
Mon vide est un grand mangeur, grand broyeur, grand annihileur.
Mon vide est ouate et silence.
Silence qui arrête tout.
Un silence d’étoiles.
Quoique ce trou soit profond, il n’a aucune forme.
Les mots ne le trouvent pas,
Barbotent autour.
J’ai toujours admiré que des gens qui se croient gens de révolution se sentissent frères.
Ils parlaient l’un de l’autre avec émotion : coulaient comme un potage.
Ce n’est pas de la haine, ça, mes amis, c’est de la gélatine.
La haine est toujours dure,
Frappe les autres,
Mais racle ainsi son homme à l’intérieur continuellement.
C’est l’envers de la haine.
Et point de remède. Point de remède.

Sans transition

la vie
décharge
électrique et nauséabonde
détruis-tu
tous les rêves
nos mers arides
s’effraient du peu de souffle
mourir d’hier
demain plaisante
et la faim s’absente
le mal est avancé
s’exclament les pauvres nés
loin
j’exècre ces eaux âcres
la crise croît
et toujours il fait froid

L’ombre d’un sourire

L’ombre d’un sourire glisse sur mes doigts
Je me suis demandée ce que tu faisais là ?
- J’erre, m’as-tu répondu, à moi, pauvre hère,
Et ta faucille en jachère…
Que peux-tu faire de ces maux-là ?
- J’exhorte, je sabote, je tournoie – et tu as ri.
Je n’ai jamais aimé ces choses-là.

J’ai dansé sur une tombe
Mon enfance s’est déchirée sous mes yeux
Mes dents se sont affolées
J’ai perdu ce que j’avais à dire
Et j’ai tout enterré

Ma conscience est désormais recouverte de rance
Je sens mourir en moi tous ces sentiments dépassés

L’ombre de ton sourire métallique a frôlé ma panse
Mon coeur s’est effondré
J’ai vu un froid me chatouiller
J’ai cru que tu voulais me rendre mes espérances

J’ai voulu t’enlacer, je n’ai rencontré que du vide

Je ne suis rien, tu n’es plus
Nous n’avons jamais été

La vie ne m’a jamais semblé aussi stupide

Je tombe toujours plus bas

Je crie sans écho
Il se pourrait que je me noie
Tu me tends ta serpe en acier
A m’en couper les doigts
Je m’y accroche
J’y mordrais à pleines dents si je pouvais
Mais ma bouche éhontée gargouille de supplices effrontés

Ne sais-je sourire

Sur le fil

les mots prennent la fuite

ils caracolent

les larmes s’agitent

je sanglote

et mon amour, frivole

la vie s’envole

la mort sans suite

si vite, s’étiole

j’aimerais tant que tu te souviennes

te cueillir sous les reflets

ébloui par l’été cotonneux

les rêves indécis des cours d’école

s’estompent, peu à peu

à deux
sans tout

je brise
j’épuise mes mains

dans des trous sans ailes

et les coups, à tire-d’aile

s’emmêlent dans mes yeux

j’aimerais tant te voir heureux

je me sens si triste

Ebauche

seule sale sad Sade (malade-if)
sale lasse masse passe basse (tête-baisse)
seule laisse baisse blesse cesse (qu’est-ce)
sale celle belle telle qu’elle (hèle-as)